À Kinshasa, l’exclusion sociale n’est plus une fatalité. Entre entrepreneuriat de combat et formation express, le programme « Yekolisa Musala » tente d’arracher les femmes et les enfants des rues à la précarité. Enquête sur une « âme du secours » qui refuse l’aumône pour privilégier le savoir.
C’est un constat qui glace le sang des statisticiens mais qui, à Kinshasa, fait partie du paysage : une population plongée dans une précarité endémique et une jeunesse « en rupture » qui erre sur le bitume brûlant de la capitale congolaise. Pour beaucoup, ces enfants de la rue et ces femmes sans qualification sont les invisibles d’une croissance qui profite à d’autres. Mais pour la Fondation Elza Yemba Etinkum (FOEL), ils sont le moteur de la relance de demain.
L’autonomie plutôt que la charité

Dans les bureaux de la fondation, le mot d’ordre est clair : l’assistanat est une impasse. « Investir dans une femme, c’est investir dans toute une nation », martèle-t-on chez FOEL. Derrière ce slogan, une réalité concrète baptisée Yekolisa Musala. Ce programme d’incubation rapide ne se contente pas de distribuer des vivres ; il transforme la vulnérabilité en expertise technique.
Le cursus est dense, presque militaire dans sa rigueur :
- Coupe et couture professionnelle pour répondre à la demande locale ;
- Artisanat et création pour valoriser le génie manuel ;
- Entrepreneuriat et gestion de base, le véritable nerf de la guerre.
L’objectif ? Briser les chaînes de la dépendance. Car ici, on sait qu’une femme formée est une femme libre, capable de subvenir aux besoins de sa famille sans attendre un hypothétique secours extérieur.
Objectif 2026 : Le commando des 50
Pour l’année en cours, la FOEL passe à la vitesse supérieure. L’ambition est chiffrée, presque comptable : former 50 nouvelles bénéficiaires d’ici le 31 décembre. Mais le projet ne s’arrête pas à la remise d’un diplôme. Pour éviter que ces nouvelles compétences ne restent lettre morte, chaque lauréate se voit doter d’un « kit de démarrage » incluant machine à coudre et matériel de base.

Mieux encore, la fondation prévoit la création d’une coopérative FOEL. Une structure stratégique destinée à assurer l’écoulement des premières productions. Une manière de court-circuiter les circuits de distribution classiques, souvent inaccessibles aux petits producteurs.
Un appel aux « parrains »
Mais ce « miracle kinois » a un prix. La fondation, qui se définit comme « l’âme du secours », ne peut agir seule. Elle en appelle aujourd’hui à la solidarité des entreprises et des particuliers. Sponsoring de formations, dons de machines ou de tissus : chaque geste est vu comme un investissement dans le capital humain de la RDC.
« Derrière chaque silence se cache une réflexion », expliquent les responsables de la fondation. Après avoir écouté le silence des rues, la FOEL a choisi de répondre par l’action. Une aventure humaine qui prouve que, même au cœur de la difficulté, la dignité reste la plus belle des conquêtes.







