L’avocat au Barreau de Kinshasa-Gombe, Me Carlos Ngwapitshi, a lancé un appel pressant en faveur d’une réforme structurelle de la politique pénitentiaire en République démocratique du Congo. Pour ce praticien du droit, le recours systématique à l’emprisonnement, tel qu’il est appliqué aujourd’hui, ne répond plus aux réalités sociales et judiciaires du pays.
Selon Me Ngwapitshi, la prison ne doit pas être la réponse automatique à toute infraction. Il plaide pour une distinction claire entre les crimes violents, qui menacent directement la sécurité publique, et les infractions non violentes, souvent liées à des litiges économiques ou financiers.
« Ce ne sont pas tous les faits pénaux qui devraient conduire le transgresseur en prison », a-t-il déclaré, rappelant que des mécanismes de médiation ou de transaction pourraient être envisagés pour des délits tels que l’abus de confiance, l’escroquerie ou le détournement.
L’avocat insiste sur le fait que l’incarcération doit être prioritairement réservée aux infractions les plus graves : assassinat, homicide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou génocide.
« La prison ne peut que recevoir les grands criminels », a-t-il martelé, dénonçant une politique pénale qui enferme indistinctement petits délinquants et criminels endurcis.
Me Ngwapitshi met en garde contre les effets pervers d’un système carcéral dépourvu de programmes adaptés. Les prisons congolaises, souligne-t-il, sont devenues des lieux de reproduction de la criminalité.
« Au Congo, on entre en prison pour vol simple et on en sort avec les notions d’assassinat ou de vol à mains armées », a-t-il déploré.
Cette situation, selon lui, illustre l’échec d’une politique qui privilégie la sanction au détriment de la rééducation et de la réinsertion.
Pour l’avocat, la prison doit aussi jouer un rôle social : offrir aux détenus des compétences professionnelles utiles pour leur réintégration. Il appelle à la mise en place de programmes de formation et d’accompagnement, afin que la privation de liberté ne soit pas synonyme d’exclusion définitive.
« La question de la réinsertion sociale des prisonniers pose un sérieux problème au Congo », a-t-il averti.
Ce plaidoyer s’inscrit dans la continuité de ses propositions antérieures. Déjà en juin dernier, Me Ngwapitshi avait suggéré l’introduction de mécanismes de médiation comme alternative à la justice pénale classique, notamment pour les infractions économiques et financières.
À travers ses interventions, Me Carlos Ngwapitshi met en lumière une urgence nationale : repenser le rôle de la prison en RDC. Son appel dépasse la critique et propose une vision constructive d’une justice équilibrée, fondée sur la responsabilisation, la réparation et la réinsertion. Dans un pays où les prisons sont surpeuplées et souvent décriées, son message résonne comme une invitation à bâtir un système pénal plus humain, capable de protéger la société tout en offrant aux détenus une véritable chance de réhabilitation.







