Alors que la capitale congolaise fait face à une montée inquiétante de l’insécurité urbaine, des braquages en plein jour, et des violences imputées aux kulunas, une nouvelle crise semble s’esquisser, cette fois sur le terrain institutionnel. En cause : une mission de contrôle initiée par le Vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur, à l’endroit du gouvernement provincial de Kinshasa.
Perçue comme une entorse à la libre administration provinciale consacrée par la Constitution, cette initiative fait débat. Car selon les articles 3, 171, 195 à 198, 204 et 221 de la Constitution, la Ville de Kinshasa jouit d’une autonomie administrative et financière. De plus, la Loi organique de 2008 précise que seuls l’Assemblée provinciale, l’Inspection générale des finances (IGF) et la Cour des comptes sont habilités à exercer un contrôle sur la gestion des entités décentralisées.
Dans ce contexte, la mission diligentée par le ministère de l’Intérieur est perçue par certains analystes comme une tentative de remise en cause de l’équilibre institutionnel, au moment même où la Ville a entrepris des démarches de reddition des comptes : encadrement de l’IGF en 2024, rapport déposé à la Cour des comptes, et reddition spécifique des fonds transférés par le gouvernement central.
Ce climat de tension s’inscrit par ailleurs dans un contexte où la réponse gouvernementale à la crise sécuritaire reste insuffisante. La police, pourtant placée sous la tutelle directe du ministère de l’Intérieur, peine à endiguer la vague de criminalité. Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer un manque de réformes structurelles, au profit d’actions symboliques ou de déclarations sans lendemain.
Pour de nombreux observateurs, la priorité devrait rester la sécurisation des citoyens et le renforcement des institutions locales, plutôt qu’un bras de fer administratif susceptible d’alimenter la confusion.
La gouvernance urbaine exige des mécanismes clairs, un respect scrupuleux des compétences et un dialogue institutionnel permanent. Kinshasa, ville stratégique et cœur politique du pays, ne peut se permettre une instabilité supplémentaire.







